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Six ans.
Je suis la conscience qui trotte dans l’encéphale d’un jeune prêtre. (Ou devrais-je dire le reste de conscience.) Jeune et religieux, voué au Ciel comme à la Terre, comme à ses habitants. Surtout à ses habitants en réalité, et de préférence à ceux doués d’une intelligence bipède, lui ressemblant humainement. Et puis les femmes. il les admire, les « autres », autant que leur créateur – louange à toi, paix à leur âme, les admire et les contemple, de prêt, de très prêt. Il ne cherche pas la différence, il sait pourquoi lui et non les autres. Il sait qu’Il l’a choisit en bonne et due forme, en toute conscience – bien que je ne fus pas contactée. Puis il L’a choisit lui aussi. Il Lui a ouvert ses portes, refermant sa braguette.
Le sacrifié, il se nomme.
Homme de Dieu, lui pas ses frères. Père de tous, chrétiens abritez-vous. « Bonjour mon père ! », on le croise et on le reconnaît dans toutes rues. Obligé et vivifié, il chante en sa paroisse et écoute les confesses.
D’une seule oreille.
Et pardonne les péchés.
J’y suis, d’ailleurs, avec vous, en cet instant dans le péché et à confesse, d’où vous ne sortirez pas. Prison de bois ou cabane sculptée, aucune parole ne sera rapportée et il y croit. Pas moi. Il ne m’écoute plus de toute façon, mon vieux corps de prêcheur. Il est devenu flasque d’écoute, et sa perception visuelle du monde et de mes signes tend vers une forte myopie. Pourtant il n’a que trente et un ans.
C’était il y a six ans si je me rappelle bien.
Je vous raconte ? Ce sera bien nécessaire pour la suite alors allons. Approchez. Je murmurerai. Ma voix ne sait prendre un autre ton.
C’était il y a six ans. Dans l’antre d’une église vieillie style roman, il a poussé la petite et lourde porte d’un confessionnal, n’ayant pourtant rien à se faire pardonner ou peut-être rien de pardonnable. Parce qu’il est dans sa pensée actuelle que tout homme (on pourrai mettre un grand h) voulant acquérir le Pardon de Dieu doit d’abord accepter sa faute, la nommer et la reconnaître avant de se pardonner lui-même et s’excuser auprès de Lui. Qui lui accordera sa grâce (selon la chose). Mais reprenons : dans la continuité de son élan vers la confession il s’est assis, à poser la tête contre la fine paroi séparant l’écouté et l’entendant. Oui l’entendant, il est rare que l’écoute prime sur l’assoupissement et le lâché régulier de « hm…» interjectifs et indifférents. Il faut connaître. Tant bien qu’à cet instant choisi, l’envie montait en lui. Il aurait tout déballé, tout craché à qui veut bien l’entendre. Mais à cet instant il n’y avait personne. Le bon vieux petit curé avait déserté. Il faut dire qu’il était midi et un quart. Il ne reviendrait pas avant une bonne heure, le nez un peu rouge, pas très apte pour pardonner aux noms de son Tout-Puissant.
Alors il resta là, seul, dans l’attente, les yeux roulants. Puis il tourna la tête vers son interlocuteur absent et prononça quelque chose de la sorte : Vous voyez, j’y croyais. Mais je vous pardonne moi. Et il se leva, regarda les touristes qui n’était pas à tournoyer la tête en l’air, lentement et silencieux.
Et j’intervins. En bonne conscience, novice de quelques années, je jouais encore à chat avec ses neurones. Je lui glissais, à l'abri de sa boîte crânienne : eh c’est ta conscience qui te parle…quelques mots délicats, qui passent indifférents, ou chamboulent une vie. C’est maintenant que je l’entends.
Ses neurones s’arrêtèrent de courir, il se glaça. (Il y croyait encore.) Seul dans le sacré, il pleura.
Il pleurait et cognait la boîte à péché de côté, de plus en plus fort, jusqu’à ce qu’elle tomba en un grand fracas.
Les mains sur la tête, me cachant de lui-même, il sortit à vive allure de la petite église et rompit le pas en course rageante. Ses talons claquaient sur les pavés telle une musique catalane. Il faisait chaud. Alors quand une cataracte est descendue du ciel pour supporter ses larmes, il était fait.
Les ruelles ruisselaient sous ses pieds, le portant presque à tomber. Mais il ne chutait pas, il résistait, suivant le cours de l’eau. Le ruisseau luminescent qui reflétant le Ciel devenait son chemin, peut-être devait-il finir déversé dans la mer. Mais trois jours après c’est la mère de notre jeune héros, si je puis dire, qui versait dans son trou. Elle ne vivait plus depuis des mois, alors il ne s’en étonna pas. Il fut juste quelque peu chagriné. Comme il le fut à l’idée de renoncer aux corps des femmes pour celui du Christ.