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légères Convulsions ... et s'empourpre !


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* M o n o c h r o m e W a l l *
Aucune compassion, aucune trace de vivre, de survivre ou de devenir, seul là quelqu’un de plus parmi les autres, et moi, moi au centre, au centre d'une vie, de ma vie, de la leur, non la mienne, moi, moi, il n'y a que moi, les autres sont autres et je suis autre pour les autres, mais les autres ne sont pas moi. Existence au milieu des autres, condamné à exister. Au centre ? Non. Je suis en bas à gauche. Et ma destinée est diagonale.

* M o n o c h r o m e F l o o r *
"Et, si tu me riais au nez je te tuerais!"

* M o n o c h r o m e L i f e *
"Je voudrais une existence trouble
Une existence comme un étang, comme une mer
Une existence avec des algues"

Houellebecq
Dimanche 11 Novembre 2007
N'hésitons pas à mal écrire
"il n'hésite pas à mal écrire"

Cette expression flâne entre mes deux oreilles depuis vendredi dernier quand monsieur mon professeur de littérature française la prononçait parmi un paquet d'autres phrases sur un air tout à fait anodin et blagueur.
Hihihi! Tu nous fais bien rire monsieur le professeur avec ta voix de narrateur, tes mots qui ne tournent pas autour, tes yeux de merlan et tes poses alanguies. Tu te dandines. Tu fais le beau. La classe te sourit et ne t'interrompt pas, un bel océan sans vague.
Seulement voilà moi je dis sournois.
Tu jettes des idées accidentées sans te soucier d'où elles retombent.
Ladite de vendredi a dû volée en éclat où bien ce n'est pas des pièces de puzzles que je dois chercher.
"il" désigne Barbey d'Aurevilly. Le point soulevé est celui de ses grands lâchés de plume. Le dandy n'hésite pas, il aborde, il consomme, il consume. Comme un pompier.
La fumée s'échappe de la métaphore.
Voyez : "Je ne la voyais que de profil; mais, le profil, c'est l'écueil de la beauté ou son attestation, la plus éclatante. Jamais, je crois, je n'en avais vu de plus pur et de plus altier. Quant à ses yeux, je n'en pouvais juger, fixés qu'ils étaient sur la panthère, laquelle, sans doute, en recevait une impression magnétique et désagréable, car, immobile déjà, elle sembla s'enfoncer de plus en plus dans cette immobilité rigide, à mesure que la femme, venue pour la voir, la regardait; et - comme les chats à la lumière qui les éblouit - sans que sa tête bougeât d'une ligne, sans que la fine extrémité de sa moustache, seulement, frémît, la panthère, après avoir clignoté quelque temps, et comme n'en pouvant supporter davantage, rentre lentement, sous les coulisses tirées de ses paupières, les deux étoiles vertes de ses regards. Elle se claquemurait.
(Je fais une petite parenthèse juste pour dire à quel point les rares rencontres avec ce mot : claquemurer me font frémir)
- Eh! eh! panthère contre panthère! - fit le docteur à mon oreille; - mais le satin est plus fort que le velours.
Le satin, c'était la femme, qui avait une robe de cette étoffe miroitante - une robe à longue traîne. Et il avait vu juste le docteur! Noire, souple, d'articulation aussi puissante, aussi royale d'attitude, - dans son espèce, d'une beauté égale, et d'un charme encore plus inquiétant, - la femme, l'inconnue, était comme une panthère humaine, dressée devant la panthère animale qu'elle éclipsait..."

Oui. On file, on s'emporte.

Je me suis souvent demandé ce qu'était que bien écrire et ce qu'il était bon d'écrire. Je voulais toujours tout mettre, - rien éclipser - tout ce qui me passait par la tête. C'est là-dessus que Barbey n'hésite pas. Mais s'il se laisse entraîner dans divers petits courants il ne quitte jamais le fleuve de sa narration. Même ses interruptions servent l'histoire. C'est une question d'intérêt. De logique ? Logique, intéressant envers qui ? Se destiner à un lecteur ne fausse-t-il pas l'écrit ? Je crois que le moment de l'écriture - je veux dire l'étape de la pose des mots de manière à se qu'ils soient lisible par quelqu'un - n'est pas le plus important dans le métier d'écrivain. Je pense là tout de suite à Truman Capote et son long long long façonnage avant de coucher quelque chose "de sang froid" sur le papier. Et cet après n'est alors plus qu'une finition. Mais sans elle rien n'existe. Il ne peut y avoir de roman inachevé. (Où alors il ne compte que parmi les carnets de note, les journaux intimes, les cahiers d'écriture palliative.)
Je me demande si être écrivain n'est pas synonyme d'être humain.
On se lève, on existe dans une réalité qui nous dit les jours qui passent, et, pour s'en défaire, pour revenir à soi, on écrit des romans de tête. Ceux que l'on connait par cœur. Ceux que l'on pourrait écrire d'une traite. Mais qui s'y retrouverait ? Quelqu'un forcément. Quelqu'un : pronom relatif singulier à valeur indéfinie. Qui cherche à atteindre le singulier et l'indéfini ?
Aujourd'hui, et c'est votre jour de chance, je juge bon de vous épargner tout le trépas de ma réflexion à cloche pied. De laquelle j'ai tout de même pu dégager ça:
Bien écrire c'est adapter son style au sujet. Pour rendre l'un et l'autre universels.

Et schplhaf ! belle idée oui mais Barbey lui "il n'hésite pas à mal écrire" ...
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Samedi 27 Octobre 2007
Cherche à muter un désir enfoui dans le double fond du tiroir de son Être.
Ce psy est nul.
Je le pense. Chaque fois que je claque la porte et que la plaque dorée me rappelle son nom aux intonations slaves, je le pense. Sur le palier du 5ème étage de l’immeuble 18ème de la rue St Georges, je m’arrête toujours quelques instants pour ranger les nouvelles données que le docteur laisse flotter. D’ordinaire l’archivage est plutôt rapide et sans question, le docteur ne m’offre pas « la clé des grandes questions existentielles », ni ne me montre la direction de quelques autres portes intérieurs qu’il serait peut-être tant de franchir. C’est tout juste s’il parvient à entrouvrir quelques volets scellant les fenêtres de ma sombre demeure neuronale, pour filer la métaphore.
Je déboule les escaliers, esquivant maladroitement quelques marches pour presser ma descente.
Je traverse la rue sans regards latéraux, j’en mourrais bien un jour. Mes talons identifient le tapis de pavés irréguliers qui recouvre la rue piétonne. Mes chevilles manquent de se tordre à chacun de mes pas. J’accélère pour ne pas perdre l’équilibre.
Je ne regarde pas mes pieds quand je marche. Je ne secoue pas la tête pour éloigner les mèches de cheveux que le vent plaque sur mon visage. J’avance en grandes enjambées claquantes, élancée d’émotion, et pourtant tellement rigide. Je crois que cette belle et hiératique raideur est la seule chose, la seule que ma mère m’ait transmise.
Je me souviens, un peu.
Je me souviens de sa longiligne silhouette, flottante, même dans les robes les plus ajustées, comme pleine de torpeur elle se laissait porter par les remous des vents. Sa chevelure de sirène, châtaigne dorée, dégoulinait sur ses épaules douces et aigus, sur sa poitrine frissonnante et jusqu’à la chute de ses reins. A cet endroit, j’aimais l’entourer de mes bras d’enfant que je substituais au large ruban bronze qui ceinturait sa taille. Elle nouait sur le côté gauche, toujours, le côté gauche. Je faisais de même, nouais mes bras autour de son ventre où j’appuyais ma tête, l’obligeant à freiner son mouvement. Je ne me la rappelle pas immobile. Elle l’était pourtant, tout en mouvement. Toujours en mouvement, elle balançait sa raideur d’un bout à l’autre de la maison, effleurant les meubles d'une émotion pérenne. Des membres qui gravitaient autour d’un regard, fixe, droit, brut, éloigné.
J’ai héritait de ce regard.
Cette profondeur des yeux dit la certitude de notre chemin.
Aussi, ils mentent.
Mon fantôme de mère m’a légué ses yeux qui ne cessent de mentir. Car c’est comme elle que je regarde au loin dans ma destinée ou au plus prés du bout de rue et comme elle je ne sais pas ce que je regarde et où je me destine à regarder.
C’est peut-être pour creuser au jour, mettre au vent cette ignorance que j’ai rendu visite au tchèque la première fois. Par hasard.
Ce même docteur qui m’a conté un concept selon lequel le hasard n’existait pas. Fabulation !
« Tu es maître de ton destin, de ton chemin, toi-même contrôle ton hasard ». Fabulation !
« Ce soit pas bornée, écoute, suis ton regard, aussi vide puisse-t-il te sembler, s’il regarde dans cette direction c’est que Tu as choisi de regarder par ici et non par là, et si Tu l’as choisi c’est qu’une raison t’as poussé vers ce chemin plutôt qu’un autre, une raison que toi-même tu as décidé de prendre comme raison valable et louable, une décision qui t’es propre et qui définit Ton Être, singulier, dans Sa Destinée, singulière. » Gnié ! Fa-bu-la-tion...
J’entends et je classe toutes ces fabulations encore chaudes dans mon esprit sur le palier du 5ème étage de l’immeuble 18ème de la rue St Georges, dans le ‘tiroir’, la cellule titrée FABULATIONS, aujourd’hui débordante, pleine à craquer. Je craque.
Ecrit par Strangule, à 14:18 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Samedi 17 Mars 2007
Le Ciel du confessionnal

Six ans.


Je suis la conscience qui trotte dans l’encéphale d’un jeune prêtre. (Ou devrais-je dire le reste de conscience.) Jeune et religieux, voué au Ciel comme à la Terre, comme à ses habitants. Surtout à ses habitants en réalité, et de préférence à ceux doués d’une intelligence bipède, lui ressemblant humainement. Et puis les femmes. il les admire, les « autres », autant que leur créateur – louange à toi, paix à leur âme, les admire et les contemple, de prêt, de très prêt. Il ne cherche pas la différence, il sait pourquoi lui et non les autres. Il sait qu’Il l’a choisit en bonne et due forme, en toute conscience – bien que je ne fus pas contactée. Puis il L’a choisit lui aussi. Il Lui a ouvert ses portes, refermant sa braguette.

Le sacrifié, il se nomme.

Homme de Dieu, lui pas ses frères. Père de tous, chrétiens abritez-vous. « Bonjour mon père ! », on le croise et on le reconnaît dans toutes rues. Obligé et vivifié, il chante en sa paroisse et écoute les confesses.

D’une seule oreille.

Et pardonne les péchés.

J’y suis, d’ailleurs, avec vous, en cet instant dans le péché et à confesse, d’où vous ne sortirez pas. Prison de bois ou cabane sculptée, aucune parole ne sera rapportée et il y croit. Pas moi. Il ne m’écoute plus de toute façon, mon vieux corps de prêcheur. Il est devenu flasque d’écoute, et sa perception visuelle du monde et de mes signes tend vers une forte myopie. Pourtant il n’a que trente et un ans.

C’était il y a six ans si je me rappelle bien.

Je vous raconte ? Ce sera bien nécessaire pour la suite alors allons. Approchez. Je murmurerai. Ma voix ne sait prendre un autre ton.  

C’était il y a six ans. Dans l’antre d’une église vieillie style roman, il a poussé la petite et lourde porte d’un confessionnal, n’ayant pourtant rien à se faire pardonner ou peut-être rien de pardonnable. Parce qu’il est dans sa pensée actuelle que tout homme (on pourrai mettre un grand h) voulant acquérir le Pardon de Dieu doit d’abord accepter sa faute, la nommer et la reconnaître avant de se pardonner lui-même et s’excuser auprès de Lui. Qui lui accordera sa grâce (selon la chose). Mais reprenons : dans la continuité de son élan vers la confession il s’est assis, à poser la tête contre la fine paroi séparant l’écouté et l’entendant. Oui l’entendant, il est rare que l’écoute prime sur l’assoupissement et le lâché régulier de « hm…» interjectifs et indifférents. Il faut connaître. Tant bien qu’à cet instant choisi, l’envie montait en lui. Il aurait tout déballé, tout craché à qui veut bien l’entendre. Mais à cet instant il n’y avait personne. Le bon vieux petit curé avait déserté. Il faut dire qu’il était midi et un quart. Il ne reviendrait pas avant une bonne heure, le nez un peu rouge, pas très apte pour pardonner aux noms de son Tout-Puissant.

Alors il resta là, seul, dans l’attente, les yeux roulants. Puis il tourna la tête vers son interlocuteur absent et prononça quelque chose de la sorte : Vous voyez, j’y croyais. Mais je vous pardonne moi. Et il se leva, regarda les touristes qui n’était pas à tournoyer la tête en l’air, lentement et silencieux.

Et j’intervins. En bonne conscience, novice de quelques années, je jouais encore à chat avec ses neurones. Je lui glissais, à l'abri de sa boîte crânienne : eh c’est ta conscience qui te parle…quelques mots délicats, qui passent indifférents, ou chamboulent une vie. C’est maintenant que je l’entends.

Ses neurones s’arrêtèrent de courir, il se glaça. (Il y croyait encore.) Seul dans le sacré, il pleura.

Il pleurait et cognait la boîte à péché de côté, de plus en plus fort, jusqu’à ce qu’elle tomba en un grand fracas.

Les mains sur la tête, me cachant de lui-même, il sortit à vive allure de la petite église et rompit le pas en course rageante. Ses talons claquaient sur les pavés telle une musique catalane. Il faisait chaud. Alors quand une cataracte est descendue du ciel pour supporter ses larmes, il était fait.

Les ruelles ruisselaient sous ses pieds, le portant presque à tomber. Mais il ne chutait pas, il résistait, suivant le cours de l’eau. Le ruisseau luminescent qui reflétant le Ciel devenait son chemin, peut-être devait-il finir déversé dans la mer. Mais trois jours après c’est la mère de notre jeune héros, si je puis dire, qui versait dans son trou. Elle ne vivait plus depuis des mois, alors il ne s’en étonna pas. Il fut juste quelque peu chagriné. Comme il le fut à l’idée de renoncer aux corps des femmes pour celui du Christ.

Ecrit par Strangule, à 19:41 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Samedi 03 Mars 2007
Prendre la fuite
--> mot du jour : haïr

"Mais quoi ! Les autres ne sont-ils pas souvent aussi de terribles obstacles à notre existence, et à notre épanouissement. La rencontre n'est pas toujours heureuse et souvent, pour sauver nôtre projet, nôtre désir, nôtre conception de l'existence (pour nous « sauver »)

il faut prendre la fuite se retirer du contact de ceux qui nous rendent d'étrangers à nous-mêmes."

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Jeudi 07 Décembre 2006
'Fumer tue'

Sous les marches d’un escalier de combles

 Il n’y a pas de vent ici. Juste du souffle. Seulement un sifflement cérébral. Long, étiré. Chevelure grandissante d’idées inconsistantes.

 Je fume.

Dans la nuit, sous l’escalier, je consume mon esprit. Libre otage de ma pensée. Je m’écrase contre chaque marche, dans ma tête, avant de les gravir, une à une, quatre par quatre ou à reculons. Sans tomber. A chaque ampoule son garde-corps.

Envolée pensante, pédante, rampante.

 M. arrive. On empreinte l’escalier au dessus de ma tête. Les pas sont lourds. Ma tête vibre contre le mur ou c’est le plâtre qui tremble. Les pas sont prudents, méfiants, ils reniflent les marches avant de les enfoncer.

 M. tousse.

La fumée dérange ?

Je ne la croyais pas perceptible. Je me croyais impénétrable, inodore.

 M. tousse.

Mes pensées dérangent, irritent.

Je devrais être sous la couverture, là-haut, dormir, sous les combles, ronfler, avec les autres.

 Le grincement des gons de la porte est étouffé, on avait bourré de paille.

Les autres sont immobiles, endormies, bruyantes.

 Je n’aurais pas du descendre ce soir.

Je n’arrive pas à penser là-haut. Là-haut entre le bruit, au milieu des autres, sales, pailleuses, étouffées, étouffantes, gémissantes, sans mot, sans fumée, sans toux.

Je ne devrais pas descendre. Je ne devrais pas penser.

 M. me cherche.

Je n’ai pas envie de me montrer. Il n’aime pas chercher mais il n’aime que moi en ce moment.

Je pense de plus en plus, il m’aime de plus en plus, je dors de moins en moins, les autres me haïssent…de plus en moins, de moins en plus.

Leurs bras sont couverts de bleus alors elles bleuissent les miens pour qu’on reste dans le même teint. Au cas ou la préférence…

M. nous cache.

Les combles font l’affaire. Il nous cache, cela suffit aux autres pour tout lui redevoir. Mais elles ne pensent pas. Elles ne fument pas. Parce qu’il ne le permet pas. Alors je dois me cacher pour allumer mes pensées. Je me cache de celui qui nous cache.

Le feu prend mieux sous l’escalier. Et puis en haut, avec la paille, c’est risqué. Les autres le sentent, elles se mettent à tousser. 

 M. me préfère.

Et pourtant il tousse à chaque fois.

Peut-être qu’il a compris et qu’il en profite. Il est violent, il pourrait tout arrêter.

Je suis caché sous l’escalier qui mène aux combles où sont cachés les filles. M. venait faire son choix comme tous les soirs et depuis quelques semaines c’était moi son premier choix. Mais ce soir là j’étais cachée sous l’escalier et je fumais et M. toussait. Il a crié. Les filles aussi ont criés lorsqu’il est tombé. Il a fait une crise. Une toux roque, sanglante et je pensais et je pensais et je pensais. Je voulais le voir tomber. Je fumais cette pensée jusqu’à la moelle. Il a dévalé l’escalier. Il toussait, il toussait et les filles attendaient qu’il choisisse. Il avait remarqué mon absence et il toussait sans pouvoir m’appeler, il saignait, il saignait et se pliait en deux, dans la paille et sous les regards attendris il toussait sa mort par les yeux, le nez et la bouche. Il a dévalé l’escalier. J’ai juste eu le temps de m’écarter. On m’avait dit que fumer tuer…On me l’avait dit.

Ecrit par Strangule, à 21:57 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Lundi 04 Décembre 2006
Ô Miroir, mon beau miroir

Je regrette mon image.

J’ai pour principe de ne pas regretter. Rien. Jamais. Pourtant mon reflet se répercutant, s’illuminant dans l’infini des murs je le regrette.

 Ma mort a été douce.

Je l’ai aimé, doucement, tendrement. J’ai embrassé ma mort pour ne rien laisser passer de cet instant en suspens. J’ai profité du gris qui fonçait dans l’obscurité des reflets, miroitants mes dernières couleurs. Les Mois se sont vidés, devenant du flou, vidant les murs pour revenir en moi. Ils m’ont illuminé à mesure que je m’éteignais.

Plus exactement je fondais. Extase. J’ai joui ma mort.

Je n’ai pas fondu seule, je m’entourais comme une meute ne l’aurait pas mieux fait.

J’ai fondu avec le sentiment que le monde fondait avec moi.

J’ai senti couler ma chair le long de ma nuque, le long de mon dos. J’ai frissonné ma mort.

Frisson d’extase suant et chaud glaçant mon corps. La mort s’engouffrait.

Elle me pénétrait de toute part. Des pics traversaient mes muscles décontractés.

Je fondais d’extase, plongeais dans le Vide.

 J’ai joui ma mort. Sans ressasser ma vie.

J’ai joui ma mort par reflets.

 Je regrette.

 Je ne reflète plus rien à présent.

Ni le ciel, ni la Terre.

Je suis redevenue nature. Fade Nature. Arbre de vie dans jardin de mémoire.

Je tends vers le ciel des branches ridées et faibles aux feuilles rabougries. Je ne vois pas le ciel.

Je gouffre mes racines lourdes et grasses dans le terre. Je ne vois pas la terre.

J’équilibre mon tronc immonde. Mon gros tronc sec qui ne voit rien.

Il n’y a rien après la mort. Plus d’yeux à nourrir. Pas d’âme à parachuter. A peine des troncs qui ne flanchent pas.

Il n’y a aucune envie, aucun regret, aucun jugement, rien d’omniscient, rien d’arc-en-ciel, rien de nuages dorés, rien de feu ni de flamme, rien de fleuve, rien de réincarné, pas de pensée, pas de souvenir, pas de voix. Il n’y a rien que ce que l’on prévoit pour soi.

 Pour moi je n’ai pas choisi. Ils m’ont brûlé et mise ici. Je ne sais pas qui ni pourquoi et je ne le demande pas. Ma peur, mon amour, mon obsession a fondu avec moi.

 Je me regrette. Je crois que lui aussi.

Ecrit par Strangule, à 21:51 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Samedi 07 Octobre 2006
I. Signe.

A jamais et pour toujours chacun change et se vide. 

Les faces caressent doucement le sol. On se relève lentement de la poussière. Les visages terreux sont livides, ils ne comprennent rien. Autour d’eux, le désert. Une plaine de poussière, et quelques débris. « Comment est-ce possible ? » Les gens se regardent, ils ne parlent pas. Toujours sur leurs visages cet air d’incompréhension certaine. 

Rasé. Leur pays a été rasé, anéanti, éradiqué. Leurs villes, pulvérisées. Comment l’expliquer ?

« Il y a eu ce grand silence, un silence magique qui a plané sur l’ensemble de leurs terres, déclare la presse outre frontière, puis des chiens on aboyé, les oiseaux ont pris leurs envols, majestueux, millionnaires. Ils ont abandonnés nids et oisillons sur le coup de l’urgence silencieuse. Et le blanc a emplit les yeux. Une blancheur d’une intensité impressionnante, aveuglante et pourtant terne. Aucune luminosité ne se reflétait dans ce blanc. »

Admussen avait gardé les yeux bien ouverts. Le blanc l’entourait, il était partout, et toujours ce silence. Personne n’eu le temps de s’inquiéter avant que le tsunami réactif ne noie le pays tout entier sous son flot destructeur. On n’avait jamais vu ça. On ne reverrait jamais ça. On ne savait même pas que quoi que ce soit de la sorte existait où eu fait l’objet de quelconques recherches.

Il n’y avait aucun mort. Aucun blessé. Tous s’étaient retrouvés allongés, faces contre terre dans la même poussière qui recouvrait désormais la totalité du pays. Le territoire, exceptés les îles, avaient été lavé de toutes végétations et constructions humaines. Le pays était vidé. Quelque chose avait, en un éclair blanc, tout abattu. Sauf la population humaine et animale (dont la quasi totalité avait émigré en urgence sur les territoires étrangers avoisinants avant le flash), ressortie saine et sauve et indemne. L’eau aussi n’avait pas bougé. Les lacs, étangs, fleuves, rivières, ruisseaux, mers intérieurs étaient encore bien là, sources de vie, seules leurs côtes, plages et rives avaient changées.

Des hélicoptères survolaient déjà la zone du phénomène, armée et presse des quatre coins du monde s’entassaient dans le ciel de notre désormais ex-pays, terre de poussière. Les scientifiques, théoriciens, philosophes, religieux, sectaires et autres ne l’expliquaient pas. Cherchait-on vraiment à l’expliquer ? Cela ne faisait qu’une bonne cinquantaine heures et la légende était déjà née. Tout le monde voulait venir voir. Un trou noir avait peut-être dérivé de son univers infini pour s’échouer dans une atmosphère terrienne et c’était quand il avait recouvert le pays et ouvert grand sa bouche que tout avait été aspiré. Ou alors c’était un signe. Au dire des différents peuples et différentes perceptions l’on retrouvait toute la polysémie du mot dans leurs interprétations. En effet l’événement était une chose ou un phénomène remarquable mais sa signification restait ignorée et sa perception ne constituait en rien un indice concernant l'occurrence d'un événement passé ou futur, il n’aidait encore pas à préciser la connaissance de l’état présent ou à éclaircir la situation actuelle. Une situation exceptionnelle. De quoi peut importe, ne cherchons pas en vain puisque jamais nous ne saurons rien de plus. Lançons seulement hypothèses sur hypothèses pendant que les victimes, populations du pays radié, SDF jusqu’à nouvel ordre, sont expatriés et agglutinés dans des milliers de camps dressés à leur attention dans tous les pays stables, en état de recevoir cinq milliers d’émigrés d’un coup.

Une fois la population expédiée, la zone fut repeuplée épisodiquement pour quelques fouilles qui ne donnèrent rien et rapidement on divisa la plaine en cinq parties poussiéreuses et inégales. Cinq pays donc cinq parts. Ce terrain vague, plateforme de jeu d’un géant, accueillerait, l’alliance des cinq grandes puissances.  L’idée d’une déchetterie mondiale et celle d’une terre d’accueil aux industries nucléaires et pollueuses furent très vite récusées au profit de l’imagination futuriste collective. On se partagea le gâteau mielleusement, rédigeant chartres et traités à tout va, des rêves de reconstructions pleins la tête. Ce sol vierge offrait aux grandes mondiales la possibilité, la liberté de créer sans autres limites que les anciennes frontières sauveuses des pays voisins miraculés. C’était un grand pays, vaste, longuement et largement étendu, bien placé au centre des terres. Il se prêtait fort bien aux projets des maîtres de chantier. La terre était comme une grande toile blanche, attendant de vibrer sous les coups de pinceau.  

Admussen se releva. Ses cils étaient couverts de grains de poussière. Il garda quelques secondes les mains posées sur ses yeux, comme si une lumière perturbait encore sa vue. 

Signe naissait.

Pour la religion chrétienne, signe est synonyme de miracle (sens originel du mot), en médecine, un signe est un indice objectif d'un processus pathologique déterminé, et on associe à signe, bon / mauvais signe, bon / mauvais présage.

Un pays, une nation, une patrie, un parti ? Un lieu. Seulement un lieu, pas juste un lieu. C’était le Lieu, leur lieu, remplaçant l’ancien presque oublié. Ils avaient presque doublés depuis l’événement. Aucun ne se refusait à quitter les camps et son pays d’accueil, pas même les plus jeunes n’ayant pas connu l’avant et l’événement. La population fut renvoyée sur sa terre d’origine, reconstruite, mais pas à l’identique.

Signe était enfin né, à l’arrivée de sa peuplade.

Ecrit par Strangule, à 18:56 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Créée

« Quand je te lis, je sens de bonnes idées mais parfois on dirait qu'elles sont des chiens fous,

elles se vautrent n'importe où dans le troupeau de tes phrases ! »

Xélade

Créée  

Je retrouvais son corps, nu, à même le sol. Le ventre collé au carrelage froid et rouge. Les genoux pliés, les pieds relevés. Elle lisait. Chaque soir, en rentrant du bureau, je la découvrais ainsi, allongée, nue, sur le sol glacé, les coudes posés sur un oreiller, les mains soutenant la tête délicate. Je la regardais intensément, toujours. Comme si chaque soir elle m’apparaissait plus belle, nouvelle.  Ses lèvres se décollaient légèrement, souvent laissant échapper un léger soupir. Elle s’imprégnait. Elle s’imprimait, elle et son corps dans les pages du livre. Elle lisait avec une lenteur qui semblait suspendre l’instant infiniment. Je restais au seuil de la porte, jusqu’à ce que je ne sente plus mes oreilles, gelées par le vent glacial qui s’engouffrait dans l’entrebâillement de la porte. Puis je m’engouffrais à mon tour...

Ecrit par Strangule, à 18:52 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Dimanche 25 Juin 2006
Les deux personnes au premier plan

« Le lac et l’opposé de l’île déserte…tu sais je pense que ce sont les deux extrêmes de chacun de nous, l’île déserte, tas de sable au milieu de l'océan et le lac, trou d'eau au milieu de continents. L’homme se trouve à l’une de ces deux extrémités, et il doit se battre pour rejoindre l’autre côté si seulement il désire en changer.

_ Et une fois que celui qui désire en changer à quitter son extrémité pour rejoindre l’autre, mais qu’il ne l’a pas encore tout à fait atteinte, où se trouve-t-il ?

_ Il n’existe pas.

_ Il se noie. En quelque sorte personne ne peut changer ?

_ Nous naissons beau ou laid, plein ou vide. Nous parlons une langue, pas une autre. Et rien ne peut changer cela, pas même l’apprentissage ou le progrès... »

 

Ecrit par Strangule, à 16:43 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Lundi 01 Mai 2006
Je croque une pomme

Je croque une pomme.

Je croque, susurre. Un goût de sang apparaît sur mes dents. J’aime ça. Mon dégoût est tel qu’il m’attire vers une autre bouchée. Mon cœur balance. Il se balade au bruit de mes pas, mes pas qui claquent sur le béton du quai. Puis s’arrêtent. Le train n’est pas là. Personne n’est là. Il est cinq heures du matin. Il devrait être là. On devrait être là. Moi j’y suis. J’y suis seule. Pas le moindre clochard à tendre la main contre les murs, ni sur les bancs, le quai est vide, dépeuplé. La fourmilière aurait-elle brûlée ? Pas de trace de cendre. Je continue d’attaquer ma pomme par son autre versant regardant bien autour de moi. Trois pas suffisent pour reculer dans un banc et s’y effondrer. Ma tête bascule contre le mur. J’attends.

Ce silence grésillant ne m’apaise pas.

Ecrit par Strangule, à 14:28 dans la rubrique "Envies d'écrire et d'écrier".
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Dimanche 30 Avril 2006
Dorian Gray porte notre portrait
--> (Oscar Wilde)

[...] Je ne discute jamais des actions, seulement des mots. C'est pourquoi je déteste le réalisme vulgaire en littérature. L'homme qui appelle une bêche une bêche devrait être condamné à en tenir une toute sa vie. Il n'est bon qu'à cela. »
« Comment vous appellerons-nous, Harry ? » demanda-t-elle.
 « Le prince Paradoxe », dit Dorian.
« Je l'identifie aussitôt », s'écria la duchesse.
Lord Henry se mit à rire, en se laissant tomber sur sa chaise.
« Je ne veux pas entendre parler de ce nom. Comment se libérer d'une étiquette ? Je refuse le titre. »
« Les souverains n'abdiquent pas », firent remarquer des lèvres exquises.
« Il me faut défendre ma couronne ? »
« Oui ! »
« Je livre les vérités de demain. »
« Je préfère les erreurs d'aujourd'hui », répondit-elle
 « Vous me désarmez, Gladys », s'écria-t-il, voyant où elle voulait en venir.

« De votre bouclier, Harry, mais pas de votre lance. »
« Je ne m'attaque jamais à la beauté », dit-il avec un geste élégant de la main.
« C'est une erreur, Harry, croyez-moi. Vous surestimez la beauté. »
« Comment pouvez-vous parler ainsi ? Je considère qu'il vaut mieux être beau que bon. Mais d'un autre côté je suis prêt à reconnaître avant tout le monde qu'il vaut mieux être bon que laid. »
« La laideur est donc un des sept péchés capitaux, s'écria la duchesse. Que devient votre comparaison avec l'orchidée ? »
« La laideur est une des sept vertus capitales, Gladys. En bonne "tory" vous ne devez pas les déprécier. La bière, la Bible et les sept vertus capitales ont fait la grandeur de l'Angleterre. »
« Vous n'aimez pas votre pays ? » demanda-t-elle.
« J'y vis. »
« Vous pouvez ainsi mieux le critiquer. »
« Ferais-je mieux d'adopter le verdict de l'Europe ? »
« Qui est... ? »
« Tartuffe a émigré en Angleterre et il y tient boutique. »
« C'est de vous, Harry ? »
« Je vous en fais cadeau. »
« Je ne saurais replacer un mot pareil. Il est trop vrai. »
« Ne craignez rien, nos compatriotes ne reconnaissent jamais un portrait. »
« Ils sont pratiques. »
« Ils sont plus rusés que pratiques. Quand ils font leur bilan, ils arrivent à compenser leur stupidité, leur richesse et leurs vices grâce à leur hypocrisie. »

« Cependant nous avons fait de grandes choses. »
« Ce sont les grandes choses qui se sont abattues d'elles-mêmes sur nous, Gladys. »
« Nous en avons supporté le fardeau. »
« Jusqu'à la Bourse. »
Elle secoua la tête. « Je crois en notre race », s'exclama-t-elle.
« Elle représente la survivance d'un élan. »
« Elle est pleine de progrès. »
« La décadence me séduit davantage. »
« Qu'est-ce que l'art ?" demanda-t-elle. »
« Une maladie. »
« L'amour ? »
« Une illusion. »
« La religion ? »
« Le succédané mondain de la foi. »
« Vous êtes un sceptique. »
« Jamais ! Le scepticisme est le commencement de la croyance. »
« Qui êtes-vous ? »
« Définir, c'est limiter. »
« Donnez-moi un fil d'Ariane. »
« Les fils se cassent, vous vous perdriez dans le labyrinthe. »
« Vous m’étourdissez, parlons de quelqu’un d’autre. »
« Notre hôte est un charmant sujet de conversation. On l’a baptisé il y a des années : Prince Charmant. »
« Ah, ne me rappelez pas cela », s’écria Dorian Gray.
« Notre hôte est épouvantable ce soir, dit la duchesse en rougissant. Il est persuadé que Monmouth m’a épousée pour des raisons purement scientifiques, qu’il me considère comme le spécimen de papillon le plus parfait des temps modernes. »
« J’espère qu’il ne vous piquera pas d’épingles à travers le corps, Duchesse « , répondit Dorian en riant.
« Oh, ma femme de chambre le fait déjà lorsqu’elle est en colère contre moi. »
« Qu’est-ce que peut bien la mettre en colère ? »
« Les faits les plus anodins, je vous assure, M. Gray. Il suffit que je rentre à neuf heures moins dix en affirmant que je dois être habillée pour huit heures est demie. »
« Elle n’est pas raisonnable. Vous devriez la renvoyer. »
« Je n’ose pas, M. Gray. C’est elle qui invente mes chapeaux. Vous vous rappelez, celui que je portais à la garden-party de Lady Hilstone. Vous ne vous rappelez pas, mais c’est gentil de prétendre le contraire. En bien ! elle l’a fait avec rien. Tous les jolis chapeaux sont faits avec rien. »
« Comme les bonnes réputations, Gladys, intervint Lord Henry. Tout ce qu’on peut entreprendre de bien nous attire des ennemis. Pour être populaire, il faut rester médiocre. »
« Pas vis-à-vis des femmes, dit la duchesse en secouant la tête. Et les femmes mènent le monde. Je vous assure que nous détestons la médiocrité. Comme on l’a dit, nous aimons avec nos oreilles tandis que les hommes aiment avec leurs yeux, s’il leur arrive jamais d’aimer. »
« Il me semble que nous faisons que ça », murmura Dorian.
« C’est que vous n’aimez jamais vraiment », répondit la duchesse à la fois triste et moqueuse.
« Ma chère Gladys ! s’écria Lord Henry. Comment pouvez-vous parler ainsi ! L’amour vit de répétition, et la répétition transfigure un simple instinct en art. D’ailleurs chaque amour est le seul qui compte. Il n’y en a eu, il n’y en aura jamais d’autre. Le changement de l’objet ne trouble pas l’unité de la passion. Il l’intensifie au contraire. Notre vie ne connaît jamais plus d’une grande aventure, et le secret de la vie c’est de la revivre le plus souvent possible. »
« Même lorsque cette aventure nous a meurtris à jamais, Harry ? » demanda la duchesse après un silence.
« Surtout dans ce cas ! » répondit Lord Henry.
La duchesse se tourna vers Dorian Gray avec un regard étrange.
« Qu’en dites-vous, M. Gray ? » demanda-t-elle.
Dorian hésita un instant. Il rejeta la tête en arrière en riant.
« Je suis toujours de l’avis de Harry, duchesse. »
« Même lorsqu’il a tort ? »
« Harry n’a jamais tort, duchesse. »
« Sa philosophie vous rend-elle heureux ? »
« Je ne recherche pas le bonheur. Qui a besoin de bonheur ? Je recherche le plaisir. »
« Et vous l’avez trouvé, M. Gray ? »
« Souvent. Trop souvent. »
La duchesse soupira.
« Je cherche la paix, dit-elle ; et si je ne vais pas m’habiller je ne l’aurai pas ce soir. »
« Laissez-moi vous cueillir des orchidées, Duchesse », s’écria Dorian.
« Il se leva et gagna le fond de la serre.
« Vous flirtez outrageusement avec lui, dit Lord Henry à sa cousine. Prenez garde. Il est très séduisant. »
« S’il ne l’était pas, il n’y aurait pas de bataille. »
« Deux Grecs face à face, dans ce cas ! »
« Je suis du côté des Troyens. Ils ont fait la guerre pour une femme. »
« Ils ont été vaincus. »
« Il y a des malheurs plus grands que la captivité », répondit-elle.
« Vous galopez la bride au cou. »
« L’allure, c’est la vie », fut la "riposte"
« Je le noterai ce soir dans mon journal. »
« Quoi donc ? »
« Qu’un enfant brûlé aime le feu. »
« Je ne me suis pas brûlée, même légèrement. Mes ailes sont intactes. »
« Elle vous permettront tout, sauf la fuite. »
« Le courage, de masculin est devenu féminin. C’est pour nous une sensation nouvelle. »
« Vous avez une rivale. »
« Qui ? »
Il rit : « Lady Narborough, murmura-t-il. Elle l’adore véritablement. »
« Vous me faites peur. Pour nous romantiques, toute évocation de l’Antiquité est fatale. »
« Romantiques ! Vous connaissez pourtant les méthodes les plus scientifiques. »
« Les hommes nous ont éduquées. »
« Mais ils ne vous ont pas expliqué. »
« Décrivez notre sexe », lui lança-t-elle en manière de défi.
« Des sphynx sans secrets. »
Elle regarda en souriant. M. Gray met bien du temps, dit-elle. Allons l’aider. Je ne lui ai même pas dit la couleur de ma robe. »
« Vous assortirez votre robe à ses fleurs, Gladys. »
« Ce serait une capitulation prématurée. »
« L’art romantique débute par son apothéose. »
« Je dois me réserver une possibilité de retraite. »
« Comme les Parthes ? »
« Ils ont trouvé le salut dans le désert. Moi je ne pourrais pas. »
« Les femmes n’ont pas toujours le choix », répondit-il, mais il n’avait pas fini sa phrase qu’à l’extrémité de la serre on entendit un gémissement étouffé, le bruit pesant d’une chute.[...]

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Dimanche 16 Avril 2006
Guernica
--> par FR. Lorton

 

(Gentiment offert par le peintre dans le rôle de "Picasso" après la énième reprèsentation de "Jazz Confidences" ou "Tout en parlant" de J.P. Guinard) 

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